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15/08/2007

15/08/07 - 20:07

Santini et les fonctionnaires

La déclaration de Santini sur les 24 % de fonctionnaires tournait encore en boucle ce matin dans les principaux médias audio-visuels, par exemple LCI. Elle tend à conforter l'image largement répandue de fonctionnaires trop nombreux, privilégiés et pas assez productifs. Voir la caricature ci-dessous.



Alors voilà quelques réflexions personnelles:

1 Oui les fonctionnaires ont le grand privilège d'avoir la sécurité de l'emploi. Ils doivent le reconnaitre et admettre leur chance.

2- Cette sécurité n'est pas née du néant ni pour faire plaisir à telle ou telle personne.
Elle est constitutive de la création de la fonction publique sur le thème : les politiques passent, les fonctionnaires restent. Le tout afin d'assurer la continuité des services. Il faut s'en rappeler avant de décider si oui ou non on garde le principe.

3- Les trois fonctions publiques : Etat, Territoriale et Hospitalière représentent 5 031 000 emplois (source Ministère de Santini)soit selon les différents types de calculs possibles, 20 à 24 % des actifs. Et alors? il ya des départements où l'on frôle les 40% comme dans le Massif Central. Imaginez alors ces départements sans fonctionnaires, donc sans service public, donc sans emploi.

4-Oui, la rigidité des statuts de la fonction publique est un frein à son adaptation : est-ce pour cela qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain. Voulons nous prendre le modèle de la flexibilité totale, voulons nous des CPE dans la fonction publique ?
Je vous laisse imaginer la colère des usagers des services publics devant un changement permanent de personnes et surtout devant l'incertitude que le service ne soit plus rendu du jour au lendemain en raison de la valse des contrats et des personnes.

5- oui, il y a des catégories sur-protégées qui ne veulent pas lâcher le moindre avantage. Oui quand on tire le diable par la queue et qu'on voit les agents EDF ne payer qu'une partie de leurs factures, et par la même gaspiller l'énergie, on a de quoi se mettre en rogne. Mais en même temps, l'électricité est accessible à tous sur le territoire. Et si ces "privilèges" étaient le prix à payer pour garder des employés qualifiés et motivés dans ce service ?

7- Non il n'y a pas de défense systématique des fonctionnaires par les autres fonctionnaires. La fragmentation syndicale est très forte et comme partout les taux de syndicalisation chutent.

8- Je rappelle d'ailleurs que fonctionnaire n'est pas un métier mais un statut, ne confondons pas. De prendre le sujet par le statut c'est beaucoup plus facile à critiquer, on ne s'attarde pas sur le fond et sur l'utilité sociale du service rendu mais sur les soit-disant privilèges ou inconvénients découlant du statut.

9- Je rappelle d'ailleurs que la précarité dans la fonction publique existe ( 15 % au moins) et que le nombre de contrats précaires augmente. Vous pouvez demander aux agents administratifs s'ils sont privilégiés de toucher moins que le SMIC, ou aux agents des écoles qui font 10 heures par semaines payées au lance pierre et dont les horaires ne leurs permettent pas de travailler ailleurs.

10- A votre avis pourquoi les entreprises étrangères s'installent plus en France qu'ailleurs en Europe ? : pour les routes, les trains, les services, les crèches les prix de l'électricité (encore la moins chère d'Europe) etc. Et pourquoi la France est-elle compétitive : parce qu'elle a fait le choix d'avoir des services publics pleins de fonctionnaires qui font tourner la boutique.

Alors, c'est sûr il faut faire des choix : des services qui coûtent ou de la libéralisation. Allez prendre le train en Grande Bretagne, allez payer l'eau au Danemark.
Ceux qui râlent le plus contre les fonctionnaires les utilisent comme les autres, et si jamais un flottement apparaît dans le service ils sont hors d'eux. Et ce n'est pas un problème de fonctionnaires car la réaction est la même dans les centres commerciaux à l'égard des caissières. On critique mais on ne supporte pas la moindre contrariété.

Choisissons : a)Ou on garde notre système et on accepte de le réformer pour plus d'adaptation et de mobilité, pas de flexibilté. C'est trop facile de critiquer et d'en profiter sans s'en rendre compte.
b ) Ou on change le système et on externalise tout et on libéralise. Les 2 solutions existent, il faut choisir. Mais, effectivement de rester dans l'état, ou l'Etat, ne rime à rien mais une critique systématique stérile et démagogue comme celle de Santini n'amène rien non plus.





commentaires

15/08/07 - 23:27

Bonne analyse de la situation.
Et puis, M SANTINI ne confond-il pas tout ?
Et avant de réduire le nombre de fonctionnaires, ne faut il pas se pencher sur la simpification de leur mission ?
Et quelle est la "cible" à atteindre (le nombre idéal de fonctionnaires pour faire "tourner" la machine) ? Mais, là, on est plutôt dans le domaine de l'idéologie.

16/08/07 - 00:04

"allez payer l'eau au Danemark" -> il y a 31% de fonctionnaires d'ailleurs au Danemark ;)

Sans a priori sur le fond du débat, je signalerais quand même que derrière ce chiffre de 15-20% de fonctionnaires (on sait que le chiffre de Santini est bidon) peut se poser la question de la pertinence de rémunérer un actif sur 5 par les deniers publics. C'est un point qui manque, je trouve, à cette argumentation, parce que c'est sans doute le point fort de l'argumentaire de Santini.

Et une réponse "pro-fonctionnaires" serait alors de dire que les réalisations des fonctionnaires (services publics) devraient être à la charge des entreprises privées sinon, et que ça revient au même de payer qqun pour gérer un réseau de transports ou donner une formation à un étudiant, si ce qqun est payé par une entreprise ou par l'Etat, sauf que l'Etat, du fait qu'il n'a pas à "rémunérer l'actionnaire", et qu'il propose des salaires plus bas (en théorie - et c'est la contrepartie de l'emploi garanti), peut être justement plus compétitif que l'entreprise privée.

16/08/07 - 09:43

Cizion, dernier paragraphe : oui,sans doute si on est dans une logique économique comparative.
Si on quitte ton raisonnement comparatif, on peut dire aussi que certains services publics ne peuvent réellement fonctionner et être utiles à la collectivité qu'avec la longue durée, qui exclut les retours sur investissement sur le court et le moyen terme. Exemple, la recherche fondamentale doit être dégagée de cette question de coûts mais bien sûr rigoureusement évaluée. D'où l'intérêt d'avoir un CNRS ou des universités convenablement financées et évaluées.
Ce qui renvoie au premier commentateur (Pascal) et à son interrogation sur les missions réelles du service public.

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